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Un doigt de granit tendu vers le ciel…
Nos ancêtres les Gaulois avaient-ils de l'humour, ou, comme
le veut une légende populaire, Satan aurait-il bel et bien
tenté de détruire la cathédrale de Dol-de-Bretagne
avec un puissant jet de cailloux dont il a le secret ?
L'aérolite de circonstance, arraché au Mont-Dol par
Lucifer, se plantera à la verticale, au terme de sa course
et contre toutes les lois de la balistique, au lieu-dit du Champ
Dolent.
Le monolithe, dont le lancé était bien mal motivé
par la haine de voir l'œuvre de Saint-Samson sortir de terre,
ratera piteusement la destruction de la cathédrale de Dol-de-Bretagne,
non sans en avoir décapité une des deux tours, ce
qui explique habilement cette indicible impression d'inachevé
qui nous submerge quand on contemple l'édifice religieux.
Difficile de choisir entre ce qui pourrait être un semblant
de réalité et ce qui est à coup sûr une
légende, bien que la première solution semble plus
probable (et plus savoureuse) que la seconde. Il n'en reste pas
moins que ce menhir, du breton maen, "pierre” et hir,
“longue”, de forme très régulière,
est un des plus beaux vestiges connus du néolithique en Bretagne…
Mais revenons aux légendes qui auréolent ce monstre
de 9,50 mètres de hauteur et vieux de 16 000 ans. Le mégalithe
de Carfantin, le hameau le plus proche du site, a fait beaucoup
parler de lui. Une autre légende voudrait que le site néolithique
tire son nom actuel de “Campus Doloris” : le Champ de
la Douleur.
Dans des temps reculés, une bataille fratricide aurait opposé
deux armées dans une fabuleuse empoignade. L'acharnement
de deux frères à mener leur lutte sans merci aurait
entraîné une telle hécatombe, dans les rangs
des valeureux guerriers, qu'un torrent de sang aurait fait tourner
la roue d'un moulin situé en contrebas dans le val. Une intervention
céleste interrompit le combat sous la forme de notre rocher
qui se ficha lourdement en terre entre nos combattants, mettant
tous le monde d'accord sur le fait qu'il valait mieux s'arrêter
là avant que le reste du ciel ne leur tombe sur la tête…
Les survivants quittèrent les lieux, avant de quitter ce
monde, laissant le colossal mégalithe poursuivre son destin.
Un destin intimement lié au nôtre, car une autre légende
veut que le menhir s'enfonce doucement, sous son propre poids, et
que le jour où il viendra à disparaître, il
en sera fini de notre monde. Il serait déjà 5 mètres
sous terre, et progresserait d'un pouce par siècle… |